On vous accueille
Dans le cadre de ce projet, Marie-Pier Vanchestein s’intéresse aux dynamiques collectives, aux effets de groupe et au principe d’émergence. Elle aborde ces questions à partir de l’espace de la galerie, de son organisation et du mobilier qui en structure l’usage. Son attention s’est ainsi portée sur les bancs, ces objets discrets habituellement destinés à accueillir les corps et à permettre l’observation des œuvres autour. Bien qu’ils orientent le regard du public, ils demeurent eux-mêmes souvent relégués à l’arrière-plan, sans être véritablement regardés.
Leur disparition progressive de certains espaces d’exposition a amené l’artiste à imaginer leur potentielle fuite. L’installation réunit ainsi des bancs robotisés qui reprennent les codes de ce mobilier et tentent, par des mouvements lents et hésitants, de se regrouper et de progresser vers la sortie de la galerie.
Ne connaissant que les quatre murs blancs de la galerie, ces meubles pourraient-ils être mus par le désir de voir au-delà de l’espace qui les contient? Et si leur retrait, plutôt que d’être passif, portait une forme de résistance douce? Les bancs deviennent alors des entités capables de se mouvoir et de troubler subtilement l’ordre établi. Cette tentative d’émancipation ne se construit toutefois pas de manière individuelle : elle prend forme dans leur manière de se rapprocher et d’avancer ensemble.
Tout en cherchant à se rapprocher les uns des autres, les bancs avancent progressivement vers la sortie de la galerie. Leur trajectoire commune émerge d’une succession de décisions locales, d’ajustements et d’influences réciproques. La fuite devient ainsi une fiction collective, un horizon commun vers lequel ils progressent sans jamais l’atteindre complètement.
Contrairement aux objets robotisés généralement associés à la rapidité, à la précision et à l’efficacité, les bancs de Vanchestein suivent une logique inverse : ils prennent leur temps et semblent parfois suspendre leur action. Leurs déplacements, souvent presque imperceptibles, obligent le·la spectateur·rice à attendre et à observer autrement.
Dans ce groupe de mobilier animé se dessine une poétique du déplacement et de la dissidence douce. En donnant une capacité d’action à un mobilier normalement destiné à la contemplation, l’installation trouble les conventions de l’espace d’exposition. Elle devient alors un lieu où le mouvement collectif se construit à travers les écarts et les ajustements entre les bancs. Et c’est peut-être dans cette action fragile partagée que quelque chose comme un groupe commence à exister.